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Révolution et éducation (le 03 mars 2011)


Dans l'observation de l'action corrompue, violente, confuse et superficielle des gouvernements, institutions et autorités morales de toute nature, prend naissance au sein des individus et des populations une perception plus ou moins aigües de l'action destructrice qu'est l'ambition ainsi que de la contradiction, de l'hypocrisie et de la fausseté que constituent le fait de poursuivre l'accumulation ou la conservation du pouvoir quelque soit sa forme tout en prétendant à la liberté ou à la paix.

Si on comprend cela, si on voit très clairement cette contradiction alors on comprend et voit qu'aucun individu, aucune société, aucune organisation poursuivant le pouvoir, religions, gouvernement ou institutions, qu'il prétende à un idéal matériel ou soit-disant spirituel, communiste ou capitaliste, individuel ou collectif, n'a jamais vécu ni ne vivra jamais que dans l'hypocrisie et l'illusion de la liberté et de la paix.  Aucune liberté ni aucune paix véritables ne peuvent éclore et s'épanouir au sein d'un pays, d'une société, d'un esprit qui se compare, qui rivalise, qui cherche à dominer ou surclasser !

Voilà pourquoi, bien plus que de chercher à poursuivre la liberté et la paix qui ne correspondent pour la plupart d'entre nous qu'en une suite de mots ou à un idéal plus ou moins confus et lointain, il est essentiel de découvrir et d'examiner ses propres ambitions, de les observer simplement au fur et à mesure qu'elles se déploient dans l'esprit et de découvrir s'il est jamais possible de s'en libérer totalement. Il devient alors possible de découvrir que là où il y a ambition il y a une forme ou une autre de peur et que là où il y a peur il n'y a aucune liberté et aucune intelligence possible.

Si les adultes qui ont la responsabilité et la charge de l'éducation des enfants, parents, professeurs, institutions et gouvernements, avaient pour véritable préoccupation de former des individus à l'esprit vif, créatif, intelligent, capable de comprendre par eux-mêmes la complexité des  rapports humains, ils accorderaient la plus grande importance à leur faire prendre conscience dès leur plus jeune âge des réactions d'ambition, de peur afin de leur permettre de s'en affranchir et ainsi d'apprendre et de découvrir librement aussi bien à l'école qu'en dehors.

Malheureusement l'éducation actuelle consiste pour l'essentiel à mémoriser, répéter des séries de mots et des connaissances que n'importe qui peut trouver dans les livres, à comparer et mesurer les élèves entre eux en les conditionnant ainsi à l'esprit de rivalité et de compétition, à leur imposer des règles et des modèles à imiter, l'unique finalité étant de leur faire passer des examens et les adapter à une société corrompue dans l'espoir qu'ils y obtiennent un métier et une situation respectables.

Il n'y a dans tout celà rien qui favorise l'éveil ou le développement de la curiosité, de la soif de découvrir pourtant fondamentale et présente en chaque enfant, pas plus qu'il n'est accordé d'importance à la nécessité d'observer, de questionner, d'interroger librement et de comprendre la complexité du monde et les nombreux problèmes auxquels ils seront confrontés tout au long de leur vie. Au lieu de les comprendre, de les aider à découvrir comment ils pensent, les institutions et individus en charge
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de leur éducation leur inculque quoi et comment penser selon des schémas, tel un robot qu'on programme. Un programme ou un robot peut-être très performant en calcul, capable d'emmagasiner et d'appliquer tout le savoir et la technique du monde avec les plus grandes précision et rapidité, il n'en est pas moins dénué d'intelligence, limité à l'exécution de réactions purement mécaniques et dans l'incapacité totale d'agir de manière neuve, libre et créatrice. Eduquer un enfant ainsi c'est détruire son esprit et le détruire, et à moins que de lui-même il ne découvre le faux du vrai dans l'éducation qu'il reçoit et qui le conditionne sa propre action sera elle-même mécanique et destructrice !

Même s'il est important de ne pas laisser un enfant faire n'importe quoi ou agir selon son bon vouloir, il est encore plus essentiel de lui permettre de découvrir et comprendre par lui-même le fonctionnement de son esprit, de sa pensée, de ses propres réactions ou comportements face aux situations, ses peurs, ses motivations, ses inquiétudes, ses préjugés, ses désirs, son agressivité, sa violence etc... car c'est seulement dans cette connaissance dirècte de lui-même, d'instant en instant et en dehors de toute contrainte affective ou physique qu'il pourra découvrir la tranquilité d'esprit nécessaire à aiguiser sa propre intelligence et ses capacités, découvrir et vivre de ce qu'il aime véritablement faire, non pas par effort de volonté mais naturellement.

Il est évident qu'une telle qualité d'attention et de rapport entre éducateur et enfant implique un nombre limité d'élèves mais il est aussi totalement faux de penser qu'un faible nombre d'élèves par éducteur fasse naitre cette qualité de rapport. En effet l'éducateur quelque qu'il soit qui lui-même poursuit le confort d'une situation respectable, qui cherche au travers de son rapport avec l'élève à acquérir la satisfaction d'un pouvoir ou d'une autorité quelconque ou a accéder à un poste plus confortable, ne pourra jamais engendrer un rapport dénué de peur, empreint d'affection et de compréhension. Car alors ce qui importe aux yeux de l'éducteur n'est ni l'enfant ni la compréhension, mais la satisfaction de sa propre ambition. De même l'éducateur dont le sentiment de sécurité intérieure reposent sur des certitudes, sur un sentiment d'autorité, acquis par son expérience ou un savoir livresque particulier, qui n'est pas lui-même dans le doute, le questionnement et la découvèrte, sera dans l'incapacité d'examiner librement un fait, une interrogation ou un problème qui remettrait en cause ses certitudes. Même si un certain savoir est nécessaire pour communiquer, parler, calculer, lire, écrire ou effectuer je ne sais quelle opération technique,  tout cela ne nécessite que de la mémoire, mais la liberté et l'intelligence sont hors d'atteinte de la mémoire et de la pensée qui n'est que mouvement du connu. Seul un esprit véritablement silencieux, non pas rendu silencieux, est attentif et apprend,  et cette qualité d'action est l'instant d'une révolution totale dans l'esprit, la conscience et le corps.

Il est donc de la responsabalité de chaque enfant, de chaque individu, de chaque parent, de chaque professeur, de chaque éducateur qui comprend, ressent le danger de l'éducation actuelle ainsi que l'urgence d'une éducation neuve, de non seulement exiger des politiques qu'elle soit mise en oeuvre mais bien plus encore de la faire advenir sans attendre dans ses rapports quotidiens.


© 2007 2011-Ludovic Doyard (écrivain indépendant)                                                 Mise à jour : mardi 8 mai 2012