J'entends des choses concernant la crise planétaire actuelle, du style :
"Le capitalisme est en crise mais c'est le moins pire de tous les systèmes que l'Humanité ai inventée ! On a pas de meilleur système a lui substituer. La crise c'est le manque de controle donc la solution c'est d'accentuer le controle."
He v'lan dans l'mille ! Les spécialistes controlent de mieux en mieux le climat pendant que les glaces continuent de fondre, ils controlent de mieux en mieux la pollution du sol, de l'air et de l'eau pendant que les industries, l'agriculture et les individus continuent de produire et de consommer, ils controlent de mieux en mieux les éspèces animales et végétales qui continuent de mourir, ils controlent de mieux en mieux les conflits, les maladies et la misère qui continuent de se propager, ils controlent de mieux en mieux la violence quotidienne qui s'amplifit, et après avoir tout bien controlé sans rien résoudre aux problèmes ils promettent maintenant de mieux en mieux controler l'immoralité des acteurs financiers et économiques... qui elle_aussi continue ? Il n'y a jamais que les charlatans et les profiteurs cyniques pour prétendre que le controle, la mesure ou le dépistage d'une maladie la résorbe, comme de prétendre éliminer les effets d'un phénomène sans découvrir et en éliminer les véritables causes.
D'abord les systèmes à priori différents du capitalisme ça me fait bien rire ! Quel système de société n'a pas été ou n'est pas bati sur l'acquisition et l'accumulation d'un capital, que cette capitalisation soit individuelle ou collective, que ce capital soit matériel ou purement intellectuel ? Et c'est bien le problème, toutes les idéologies religieuses et politiques sont basées sur cette croyance que l'application dans l'action d'un certain savoir accumulé, d'un modèle, d'une doctrine ou d'une idée, va permettre à l'individu ou à l'Humanité d'accéder à un état sublime ou extraordinaire (quel que soit son nom), durant la vie ou après la mort... Boudhiste, Juif, chrétien, musulman, communiste, nazi, socialiste, libéral, la patrie, la nation, l'état, la république, la démocratie, les traditions du sauveur, du leader ou du gourou, sont toutes des idéologiques élaborées autour de cette croyance profondément enracinée selon laquelle l'acquisition et l'action d'un savoir ou de biens matériels particuliers peuvent amener l'individu ou le groupe vers un état psychologique véritablement nouveau, en bref que par un processus d'amélioration graduel l'individu va se transformer, se transcender ou se sublimer en je ne sais quoi.
Ce principe, cette affirmation, cette croyance, cette promesse, qui n'a évidemment jamais engendrée d'autre réalité que les mots, les discours, les écrits, les mythes et les dogmes, les sentiments d'appartenance et de séparation individuels ou collectifs, l'exploitation, les conflits et la souffrance dans laquelle ce monde baigne actuellement et depuis des millénaires, équivaut a affirmer que quelque chose de neuf, de nouveau dans l'esprit et l'action humaine puisse être le résultat d'un processus psychologique graduel, d'une amélioration progressive de la conscience jusqu'au stade ou à l'état ultime visé. C'est là que réside une erreur désastreuse et universelle.
Si dans le domaine technique un certain savoir est évidemment nécessaire pour fabriquer et utiliser des outils, des voitures, des maisons, voyager sur la planète ou aller dans l'espace, pour parler, lire, écrire, calculer, communiquer, peindre ou jouer d'un instrument de musique, on peut se demander si le savoir a une quelconque utilité dans le domaine psychologique ? Est-ce qu'agir selon un modèle, un concept ou une idée de la liberté, de l'ordre, de l'amour ou de la beauté peut amener la réalité de ces choses ? Non pas l'espoir ou la promesse des mots auquel nos esprits attachent tant d'importance, mais la réalité, le fait qui n'est ni un mot ni une idée ? Quand vous employez le mot arbre ou le nom d'une personne, ces mots ne sont évidemment la réalité ni de l'arbre ni de la personne que vous désignez. Donc la réalité de cette chose qu'est la liberté peut-elle être le résultat d'un programme, d'un modèle, d'une idée ou d'une discipline volontaire quelconque ?
| | Z...héros pointés ! |
| Observez ce qui se passe lorsque l'esprit accepte une idée comme chemin pour accéder à un état psychologique aussi merveilleux ou trivial soit-il. Observez par vous-même et non pas selon telle ou telle autorité, tel ou tel gourou, tel ou tel éminent savant, parce que si telle est la façon dont vous regardez alors vous regardez conformément au conditionnement d'un autre et vous ne pouvez rien découvrir d'authentique, de neuf. Le chrétien a son chemin, le musulman le sien, le juif le sien, de même pour le militant politique ou l'homme d'affaire etc... tous agissent conformément à une série d'idées, un idéal, un concept ou une méthode. Que se passe t-il lorsque la conscience accepte et cultive un idéal ? Elle s'efforce d'y conformer ses pensées, ses émotions, ses sentiments ainsi que l'action du corps. Ce processus implique la comparaison, l'effort pour controler, supprimer ou rejeter toute pensée différente du modèle de référence. L'idéal, qu'il s'appelle dieu ou non-dieu (la croyance de l'athée), capitalisme, communisme ou patrie, devient autorité dans la conscience, et au nom de cette autorité intérieure on culpabilise, on lutte contre la moindre pensée divergente et on éprouve du plaisir a cultiver les pensées modèles. Et alors ?
Et alors c'est le combat, la lutte, l'exclusion et le rejet au sein de la conscience, contre toute pensée, tout avis, toute opinion, tout sentiment non conforme, un état de conflit en soi-même qui inévitablement engendre agressivité, violence et guerre dans ses rapports avec les autres. L'esprit s'épuise dans cette lutte, il devient indifférent, insensibilisé par la répétition interminable des mêmes mots, des mêmes phrases, des mêmes préceptes ; il perd toute créativité, toute agilité noyé dans l'imitation et la répétition. A l'image du soldat un tel esprit peut bien parvenir par la volonté à un certain calme, une certaine discipline, un certain ordre, mais cette discipline est le résultat de la contrainte, de la lutte, du controle, de la peur et du conflit. Un tel esprit peut se proclamer libre, en sécurité ou détenteur d'une vérité quelconque conforme à son idéal mais l'action de ce processus intellectuel est conditionnement, dépendance, soumission, autorité, peur, exclusion, agressivité... un ordre précaire et superficiel qui est en fait profonde insécurité et violence.
Tout au plus cet esprit dispose t-il du cynisme, de l'indifférence et du manque de sérieux nécessaires pour affirmer que malgré les désastres engendrés par son conditionnement volontaire celui-ci mérite d'être préservé et ainsi continuer sa pitoyable fuite en avant. Assurément l'idéaliste ne connaît de liberté, d'amour ou de paix que l'idée qu'il s'en fait. Vivre dans une liberté réelle ne consiste pour l'esprit ni à se laisser aller ni à s'isoler dans un paradis de son imagination. Le sentiment de cette action prend naissance quand l'esprit est naturellement attentif (et non pas rendu attentif par une contrainte ou un effort de concentration quelconque) au mouvement du conditionnement qu'est la pensée.
La liberté n'est le résultat d'aucune autorité, d'aucune méthode, d'aucune idéologie, d'aucune idée, d'aucune croyance ni d'aucun chemin. Cette chose ne répond à aucun désir, à aucune prière ni aucun sacrifice, elle ne peut ni être commandée ni possédée, elle n'est pas de l'ordre de la pensée. Mais dans son action tous les problèmes de la conscience trouvent leur réponses. C'est là l'essence de toute vie, de toute création et de toute beauté. Le mouvement du penseur qui est la réaction de son capital mémoire, aussi étendue soit-il, est incapable de création véritable. Le penseur peut bien spéculer éternellement sur ses capacités a créer quelque chose d'inédit, de véritablement nouveau, le fait est que son mouvement est limité à l'ancien, au passé, à l'expérience et au savoir accumulés. Découvrir la réalité de l'action qui n'est jamais vieille, qui est création véritable, implique l'immobilité totale du penseur et de la pensée. Cette action est au-delà du bien et du mal, de la culpabilité et du désir, du plaisir et de la souffrance, de tout jugement, de tous les mots, de toutes les images, idées ou théories qui forment les limites et l'activité de la conscience. J'ai la profonde conviction que découvrir cette action est le seul véritable défi que la pensée qui est mouvement de l'ancien puisse lancer.
Les réformes et ajustements superficiels de ce monde montrent en vérité ce qu'il tente d'y voiler, la continuité violente de son profond conditionnement. Il n'y a aucune fatalité ou destinée dans la violence de ce monde que celles auxquelles la pensée se contraint, consciemment ou pas. | |
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