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Relativité de la théorie et vitesse de la pensée (3 janvier 2008)



"ll est plus difficile de désagréger un préjugé qu'un atome." Albert Einstein


S'il est un phénomène qui se propage avec le temps c'est bien celui de la pensée, des théories et autres conclusions ou opinions qu'elle fabrique à son propos ou celui de son environnement.

N'importe quelle action sonore et lumineuse (un éclair par exemple) permet à un observateur situé à distance de l'action l'observation d'un intervalle de temps entre la perception sonore et la perception visuelle de cette même action. Cette action est son propre espace sonore et lumineux dont elle est la source et le contenu. Cet espace existe à l'instant ou cette action a lieu, indépendamment du fait que j'y sois attentif ou totalement indifférent.

Cependant tant que je ne suis pas véritablement en rapport avec cet espace, cette  action, je ne peux qu'imaginer, dresser des hypothèses, des concepts et des explications sur son existence ou sa non existence, ce qu'il pourrait ou devrait être, mais cette pensée ne comporte aucune découverte véritable et est parfaitement stérile ; imaginer l'action n'est pas la vivre. Je prends cet exemple du son pour découvrir la nature de l'observateur, du penseur qui se propose d'observer un objet, ici le son. On pourrait prendre celui de la liberté ou de l'amour mais ces mots sont tellement chargés, déformés de préjugés et d'émotions enracinées qu'ils rendent la coopération essentielle à une découverte commune autrement plus délicate.

Reprenons le cours de l'action. Je perçois cet espace sonore et ma perception est le rapport entre le corps, incluant cerveau et pensée, et cette...chose que j'appelle son ou espace sonore, peut-importe le mot l'important est l'observation de la chose et non pas sa description qui est l'action exclusive de la pensée. Si le souvenir de ce son n'est pas dans ma mémoire il m'est impossible de le reconnaître, et le son que je reconnais n'est jamais  qu'une image, un souvenir absolument passé et vétuste qui n'est pas l'action immédiate et actuelle... rien de ce qui est véritablement neuf et nouveau ne peut être reconnu.

L'esprit qui reconnaît ne découvre donc rien de neuf, il découvre la mémoire de ce son qui est la trace du passée, de l'ancien, du connu, mais son action est une déformation de ce qui est, l'actuel, indépendant de la pensée qui est mouvement du temps sous forme de mémoire.
La racine des maux


Si nous avons cheminé ensemble dans cet examen alors il est un fait que l'observateur, le penseur qui est le mouvement de tout le savoir, du souvenir de toutes les expériences accumulées sous forme de mémoire, ne peut jamais être en rapport véritable avec quoi que ce soit de neuf, ne peut jamais découvrir ce qui n'est pas le produit du temps sous forme de savoir, ce qui n'est pas connu.

Le mouvement du penseur, de l'observateur, quelle que soit l'étendue ou le domaine de ses connaissances, est le mouvement de l'ancien, du passé. Il peut supprimer, rajouter,  rejeter, inventer, produire, composer, formuler, imaginer du savoir à partir de ce savoir, des idéologies et des concepts, en tirer un profit, un statut, une reconnaissance, du pouvoir, et vivre ainsi jusqu'à sa mort, mais tout cela reste et demeure limité au mouvement de la pensée qui est celui du connu et l'action d'un tel esprit est toujours conforme à son conditionnement, sans aucune liberté ni changement profond.

Vous vous direz peut-être quelle importance tout cela, quel rapport  avec ma vie quotidienne ? Et bien si l'état actuel de ce monde vous préoccupe sincèrement et profondément, si vous voyez que malgré toutes les luttes, les efforts, les tentatives et les espoirs quotidiens de voir ce monde changer, malgré les révolutions et les idéologies, les structures et les gouvernements, malgré tout ce savoir et ces expériences accumulées, les guerres, les conflits, l'exploitation et la misère continuent avec leurs cohortes de morts, de souffrance et de violence, alors découvrir le rapport entre votre vie et l'état de ce monde devient urgence.

La pensée jongle dans l'univers du connu. Elle est par nature et par essence incapable de découvrir l'inconnu et pourtant elle ne cesse de le poursuivre, d'en formuler des théories (Dieu, amour, création, réel, inconnu, intelligence, vérité, ordre etc...) et de s'y conformer depuis des millénaires avec de désastreuses conséquences. Elle est aveugle à sa propre nature. 

Personne ne peut vous donner, vous communiquez ou vous transmettre  la compréhension qui est beauté et vous ne pouvez la reconnaître ou la posséder. Cette chose n'est la propriété de personne, elle n'est ni un mot ni un savoir ni une pensée, toute action impliquant l'existence de l'observateur, du "je". Là où il y a incompréhension il n'y a pas compréhension. L'incompréhension est une action relative, fragmentaire et désordonnée, fondée sur la pensée conditionnée.

                                                             


© 2007 2010-Ludovic Doyard (écrivain indépendant)                                                  Contact&webmaster : ludovic.doyard@espritenvol.frMise à jour : mardi 2 mars 2010